Page 10 - Le Livre des Esprits - 1ere Edition -1857
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14                         INTRODUCTION


            principe de la vie matérielle, l’âme intellectuelle pour le principe de
            l’intelligence, et l’âme spirite pour le principe de notre individualité
            après la mort ; comme on le voit, tout cela est une question de mots,
            mais une question très importante pour s’entendre. D’après cela l’âme
            vitale serait commune à tous les êtres organiques : plantes, animaux
            et hommes ; l’âme intellectuelle serait le propre des animaux et des
            hommes, et l’âme spirite appartiendrait à l'homme seul.
            Nous avons cru devoir insister d'autant plus sur ces explications que la
            doctrine spirite repose naturellement sur l’existence en nous d’un être
            indépendant de la matière et survivant au corps. Le mot âme devant
            se reproduire fréquemment dans le cours de cet ouvrage, il importait
            d’être fixé sur le sens que nous y attachons afin d’éviter toute méprise.
            Venons maintenant à l’objet principal de cette instruction préliminaire.
            La doctrine spirite, comme toute chose nouvelle, a ses adeptes et ses
            contradicteurs.  Nous  allons  essayer  de  répondre  à  quelques-unes
            des objections de ces derniers, en examinant la valeur des motifs sur
            lesquels ils s'appuient, sans avoir toutefois la prétention de convaincre
            tout le monde, car il est des gens qui croient que la lumière a été faite
            pour  eux  seuls.  Nous  nous  adressons  aux  personnes  de  bonne  foi,
            sans  idées  préconçues  ou  arrêtées  quand  même,  mais  sincèrement
            désireuses de s'instruire, et nous leur démontrerons que la plupart des
            objections que l’on oppose à la doctrine, proviennent d’une observation
            incomplète des faits et d’un jugement porté avec trop de légèreté et de
            précipitation.

            Rappelons d’abord en peu de mots la série progressive des phénomènes
            qui ont donné naissance à cette doctrine.

            Le premier fait observé a été celui d'objets divers mis en mouvement ;
            on  l’a  désigné  en  dernier  lieu  sous  le  nom  de  tables tournantes ou
            danse des tables. Ce phénomène, qui paraît avoir été observé d’abord
            en  Amérique,  ou  plutôt  qui  s’est  renouvelé  dans  cette  contrée,  car
            l’histoire prouve qu’il remonte à la plus haute antiquité, s’est produit
            accompagné  de  circonstances  étranges,  tels  que  bruits  insolites,
            coups frappés sans cause ostensible connue. De là, il s’est rapidement
            propagé en Europe et dans les autres parties du monde ; il a d’abord
            soulevé beaucoup d'incrédulité, mais la multiplicité des expériences
            n’a bientôt plus permis de douter de la réalité.
            Si ce phénomène eût été borné au mouvement des objets matériels, il
            pourrait s’expliquer par une cause purement physique. Nous sommes
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