Page 7 - Le Livre des Esprits - 1ere Edition -1857
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INTRODUCTION

                                         A L'ÉTUDE


                         DE LA DOCTRINE SPIRITE




                           RÉPONSES À PLUSIEURS OBJECTIONS





            Pour les choses nouvelles il faut des mots nouveaux, ainsi le veut la
            clarté du langage, pour éviter la confusion inséparable du sens multiple
            des mêmes termes. Les mots spirituel, spiritualiste, spiritualisme, ont
            déjà une acception bien définie ; leur en donner une nouvelle pour les
            appliquer à la doctrine des esprits, serait multiplier les causes déjà si
            nombreuses d'amphibologie. En effet, le spiritualisme est l’opposé du
            matérialisme ; quiconque croit avoir en soi autre chose que la matière
            est spiritualiste ; mais il ne s’ensuit pas qu’il croie à l’existence des
            esprits ou à leurs communications avec le monde visible. Au lieu des
            mots  SPIRITUEL,  SPIRITUALISME, nous employons, pour désigner cette
            dernière croyance, ceux de spirite et de spiritisme dont la forme rappelle
            l’origine et le sens radical, et qui par cela même ont l’avantage d’être
            parfaitement intelligibles. Nous dirons donc que la doctrine spirite ou
            le spiritisme consiste dans la croyance aux relations du monde matériel
            avec les esprits ou êtres du monde invisible. Les adeptes du spiritisme
            seront les spirites, ou si l’on veut les spiritains.
            Il  est  un  autre  mot  sur  lequel  il  importe  également  de  s’entendre,
            parce que c’est une des clefs de voûte de toute doctrine morale, et qu’il
            est le sujet de nombreuses controverses, faute d’une acception bien
            déterminée, c’est le mot âme. La divergence d’opinions sur la nature
            de l'âme vient de l‘application particulière que chacun fait de ce mot.
            Une langue parfaite, où chaque idée aurait sa représentation par un
            terme propre, éviterait bien des discussions ; avec un mot pour chaque
            chose, tout le monde s’entendrait.
            Selon les uns, l’âme est le principe de la vie matérielle organique ; elle
            n’a point d’existence propre et cesse avec la vie ; c’est le matérialisme
            pur. Dans ce sens, et par comparaison, ils disent d’un instrument fêlé
            qui ne rend plus de son qu’il n’a plus d’âme. D’après cette opinion, tout
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